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Cahier des charges site internet : structure et méthode

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Cahier des charges site internet : structure et méthode

Un cahier des charges site internet décrit par écrit ce que votre futur site doit faire, pour qui, avec quelles contraintes et quel budget. Il tient en dix à vingt-cinq pages, se rédige avant de contacter le moindre prestataire, et sert de référence commune jusqu’à la recette finale du projet.

Sa rédaction demande deux à trois semaines. C’est le meilleur investissement de tout le projet web.

Pourquoi trois devis pour un même site varient du simple au sextuple

Sans document écrit, chaque prestataire chiffre le projet qu’il a cru comprendre. L’un imagine un site vitrine de six pages, l’autre une plateforme avec espace client et paiement en ligne. Les devis reviennent à 3 000 €, 9 000 € et 22 000 €. Rien ne les rend comparables, parce qu’ils ne décrivent pas le même site.

Le cahier des charges supprime cette asymétrie. Il fige le périmètre avant que le prix n’entre dans la discussion, ce qui transforme le choix d’un prestataire en comparaison honnête plutôt qu’en pari. Le sujet dépasse d’ailleurs la bonne pratique d’agence : France Num, le programme national de transformation numérique piloté par la Direction générale des entreprises, publie ses propres modèles de cahiers des charges à destination des TPE et PME.

Des intentions transformées en engagements vérifiables

« Un site moderne et rapide » n’engage personne. « Le plus grand élément visible de la page d’accueil s’affiche en moins de 2,5 secondes sur mobile » engage les deux parties.

Google fixe précisément ce seuil de 2,5 secondes pour le LCP, l’un de ses trois signaux web essentiels. Les deux autres : l’INP, qui mesure la réactivité aux interactions et doit rester sous 200 millisecondes depuis qu’il a remplacé le FID le 12 mars 2024, et le CLS, limité à 0,1 pour la stabilité visuelle. Ces trois valeurs se recopient telles quelles dans vos contraintes techniques.

Un document qui protège les deux camps

Le prestataire s’y réfère pour refuser une demande hors périmètre en cours de route. Vous vous y référez pour refuser une livraison incomplète. C’est la seule pièce que les deux signataires peuvent relire six mois plus tard sans invoquer un accord verbal contradictoire.

Le besoin est massif. D’après le Baromètre France Num 2025, publié en septembre 2025, 84 % des TPE et PME françaises disposent d’un site web ou d’une présence sur les réseaux sociaux, une proportion qui grimpe à 93 % chez les PME. Ce parc vieillit et se refond, et chaque refonte repart d’un cadrage écrit.

Bureau de travail avec un document de cadrage de projet web annoté à la main

Qui tient réellement la plume

Le cahier des charges appartient au client, pas au prestataire. La confusion est fréquente et elle coûte cher : une agence qui rédige elle-même le document décrit le site qu’elle sait construire, avec les outils qu’elle maîtrise et le budget qu’elle vise.

Le porteur de projet écrit, les métiers alimentent

Une seule personne tient la plume, sous peine d’obtenir un patchwork illisible. Mais elle interroge en amont tous ceux qui vivront avec le site.

  • Le commercial, qui sait quelles questions reviennent avant chaque signature.
  • L’assistante, qui recevra les demandes envoyées par le formulaire de contact.
  • Le responsable du stock, si des produits sont vendus en ligne.
  • Le dirigeant, seul à trancher sur le budget et sur les priorités.

Ces entretiens durent trente minutes chacun. Ils font émerger la moitié des fonctionnalités réellement utiles, et ils éliminent celles que personne n’utilisera jamais.

Le prestataire relit, il ne dicte pas

Faire relire un brouillon par un professionnel avant l’appel d’offres reste sain, à condition de solliciter quelqu’un qui ne répondra pas à cet appel d’offres. Un regard technique repère les incohérences : une fonctionnalité sous-estimée, une contrainte d’hébergement oubliée, un délai irréaliste. Les critères de sélection d’un prestataire web se jugent ensuite sur sa réaction au document, pas sur son discours commercial.

Le socle : contexte, objectifs, cibles

Trois chapitres ouvrent le document. Ils tiennent en quatre ou cinq pages et conditionnent tout le reste.

Présenter l’entreprise sans réciter sa plaquette

Le prestataire a besoin de comprendre votre activité, votre marché et votre positionnement. Deux pages suffisent : ce que vous vendez, à qui, sur quelle zone, face à quels concurrents, avec quels arguments différenciants. Citez trois sites concurrents que vous jugez efficaces et dites pourquoi. Citez-en un que vous détestez, et dites pourquoi aussi. Ces exemples valent mieux que dix adjectifs.

Fixer des objectifs mesurables

« Gagner en visibilité » ne se vérifie pas. Des objectifs mesurables se vérifient.

  • Recevoir quinze demandes de devis qualifiées par mois via le formulaire.
  • Réduire de moitié les appels téléphoniques portant sur les horaires et les tarifs.
  • Vendre en ligne les douze références les plus demandées en boutique.
  • Ressortir dans les trois premiers résultats sur cinq requêtes précises, listées nommément.

Chaque objectif chiffré appelle une fonctionnalité, et chaque fonctionnalité appelle une ligne de devis. C’est la mécanique qui rend un cahier des charges utile plutôt que décoratif.

Décrire les cibles et leurs parcours

Deux ou trois profils types suffisent. Pour chacun : ce qu’il cherche, sur quel appareil, à quel moment, et ce qui le fait renoncer. Un artisan qui vise des particuliers en recherche de dépannage rédige un parcours différent de celui qui vise des donneurs d’ordre du bâtiment. Ce chapitre détermine l’arborescence, la hiérarchie des pages et la place des boutons d’action.

Personne consultant un site vitrine sur un smartphone dans un atelier

Le corps du document : arborescence, contenus, design, technique

Ici se joue la précision du chiffrage. Quatre chapitres, huit à douze pages.

L’arborescence, page par page

L’arborescence liste toutes les pages du site avec leur niveau hiérarchique. Un simple plan indenté fait l’affaire, ou un schéma. Chaque page reçoit une ligne indiquant sa nature : page fixe, page de catégorie, fiche produit, formulaire, article de blog.

Comptez les pages. Ce chiffre, à lui seul, explique une grande partie de l’écart entre deux devis, au même titre que les tarifs pratiqués pour un site professionnel varient selon le volume de gabarits à concevoir.

Les contenus : qui les écrit, qui les fournit

Le point le plus sous-estimé de tout le projet. Précisez noir sur blanc :

  • Qui rédige les textes, vous ou le prestataire.
  • Qui fournit les photos, et si un reportage photo entre dans le budget.
  • Qui produit les traductions, le cas échéant.
  • À quelle date les contenus sont livrés au prestataire.

Un site retardé de trois mois l’est presque toujours à cause des textes, jamais du code. Les délais réels d’un projet web se tiennent seulement si cette colonne du planning est respectée.

Le design : références, contraintes, livrables

Fournissez votre charte graphique si elle existe : logo vectoriel, couleurs en hexadécimal, polices. Sinon, indiquez que sa création fait partie du périmètre, et prévoyez la ligne budgétaire correspondante.

Précisez le nombre de maquettes attendues, le nombre d’allers-retours inclus, et les gabarits à maquetter. Une agence qui livre trois maquettes avec deux séries de corrections ne chiffre pas comme une agence qui en livre une seule sans retouche.

Les contraintes techniques et le socle logiciel

Ce chapitre tranche des questions structurantes : le choix du CMS, la reprise ou non de l’existant, les intégrations avec vos outils métier, l’hébergement.

  • Le CMS imposé, ou laissé au choix du prestataire avec justification écrite.
  • Les connexions attendues : logiciel de caisse, ERP, outil de facturation, agenda.
  • Les redirections à prévoir si le site remplace une version existante.
  • Les seuils de performance à respecter, LCP, INP et CLS en tête.
  • Le niveau de compatibilité navigateur exigé.

Le choix entre WordPress, Shopify ou un développement sur mesure mérite une justification écrite dans le document, pas une décision prise en réunion de lancement. Même logique pour l’hébergement : les critères de sélection d’un hébergeur figurent au cahier des charges, sans quoi le prestataire imposera le sien.

Écran affichant un plan d arborescence de site web sous forme de blocs reliés

Les cinq chapitres que presque personne n’écrit

Ce sont eux qui déterminent si le projet se termine bien. Leur absence explique la majorité des litiges entre clients et agences.

Les obligations légales, durcies depuis 2025

Trois blocs réglementaires s’imposent à un site professionnel français, et chacun a un coût de mise en œuvre.

Le RGPD d’abord : registre des traitements, base légale des formulaires, durée de conservation, bandeau de consentement conforme. La CNIL rappelle qu’un refus des traceurs doit être aussi simple qu’une acceptation, et elle a sanctionné les sociétés Google et Shein sur ce fondement par deux délibérations du 1er septembre 2025.

L’accessibilité numérique ensuite. La directive européenne 2019/882, dite European Accessibility Act, transposée en droit français par la loi du 9 mars 2023 et le décret n° 2023-931 du 9 octobre 2023, impose depuis le 28 juin 2025 des exigences d’accessibilité aux sites de commerce en ligne, de banque, de transport et de télécommunications. Les entreprises de moins de dix salariés réalisant un chiffre d’affaires inférieur ou égal à 2 millions d’euros restent exonérées. La conformité s’apprécie au regard de la norme européenne EN 301 549 et, côté web, du référentiel RGAA. Le manquement expose à une sanction administrative pouvant atteindre 50 000 € par service, renouvelable tous les six mois.

Les mentions légales enfin, avec l’identité de l’éditeur, celle de l’hébergeur et les conditions générales pour toute vente en ligne.

La recette : comment vous validerez la livraison

La recette est la phase de vérification avant mise en ligne. Sans critères écrits, elle se résume à un « ça me plaît » ou à un « ça ne me plaît pas », et le litige devient inévitable.

Listez les tests que vous exécuterez : navigation sur mobile, envoi d’un formulaire, passage d’une commande test, vitesse mesurée avec PageSpeed Insights, affichage sur les navigateurs cibles. Indiquez le délai de correction des anomalies et le nombre de cycles de correction inclus.

Le planning, ses jalons et ses points de blocage

Un projet web ne se pilote pas avec une seule date de mise en ligne. Il se pilote avec des jalons intermédiaires, chacun assorti d’un livrable et d’un responsable nommé.

  • Validation de l’arborescence et des contenus rédactionnels.
  • Validation des maquettes graphiques, avec le nombre d’allers-retours convenu.
  • Livraison de la version de préproduction, accessible et testable.
  • Recette fonctionnelle, correction des anomalies, mise en ligne.

Précisez surtout ce qui se passe quand une validation prend du retard de votre côté. Une agence qui bloque son planning trois semaines sur un lot de photos jamais envoyé perd de l’argent, et elle le répercute. Un délai de validation par défaut, cinq jours ouvrés par exemple, évite ce bras de fer. C’est cette clause, banale sur le papier, qui distingue un projet livré à l’heure d’un projet qui s’enlise pendant un semestre.

La propriété, la maintenance et la suite

Trois questions à trancher avant de signer, jamais après.

  • La propriété du code et des maquettes vous revient-elle intégralement à la livraison ?
  • Qui détient le nom de domaine et les accès à l’hébergement, vous ou l’agence ?
  • Que couvre exactement la maintenance : mises à jour de sécurité, sauvegardes, correctifs, évolutions ?

Un site dont le domaine est enregistré au nom du prestataire devient un site que vous ne pouvez pas quitter. Le cas se produit encore régulièrement, et il se règle mal.

Format, longueur et modèles disponibles

Un document Word ou un PDF font parfaitement l’affaire. Aucun outil spécialisé n’est nécessaire. Ce qui compte : une numérotation claire des chapitres, une table des matières, et un sommaire des exigences en fin de document.

Dix à vingt-cinq pages constituent la bonne fourchette pour un site vitrine ou une boutique de taille modeste. Un document plus court laisse trop de zones grises pour être chiffré sérieusement. Un document plus long ne sera relu par personne, ni par vous, ni par l’agence.

Les modèles gratuits abondent, et certains sont solides : France Num met à disposition plusieurs trames de cahiers des charges pour la création ou la refonte d’un site d’entreprise, ainsi qu’un guide en dix points clés. Servez-vous en comme d’une liste de contrôle, jamais comme d’un texte à remplir mécaniquement. Un cahier des charges recopié sans réflexion produit exactement l’effet inverse de celui recherché : il rassure le rédacteur et n’informe pas le prestataire.

Dernier réflexe, souvent oublié : indiquez votre budget cible dans le document. La pudeur sur le budget fait perdre du temps à tout le monde et pousse les agences à chiffrer à l’aveugle.

Mains classant des pages imprimées d un dossier de projet sur une table en bois

Prochaine étape

Bloquez trois demi-journées dans votre agenda. La première pour interroger vos équipes et lister les objectifs chiffrés. La deuxième pour dessiner l’arborescence page par page. La troisième pour rédiger les contraintes techniques, légales et budgétaires.

Envoyez ensuite le même document à trois prestataires, avec une date limite de réponse. Les devis reviendront comparables, et la différence portera enfin sur les compétences, pas sur les malentendus.